Pirandello à la Colline


          Les Géants de La Montagne de Pirandello au Théâtre de La Colline

 

« Les Géants de la Montagne sont le triomphe de l’Imagination ! Le triomphe de la Poésie, mais en même temps la tragédie de la Poésie dans la brutalité de notre monde moderne ». Dans cette lettre à Marta Abba, Luigi Pirandello parle de sa  pièce avec le souci de donner au monde, après tant de magnifiques succès, sa dernière œuvre théâtrale qu’il  voulait laisser comme son chef d’œuvre. A sa mort en 1936, elle reste inachevée. Si elle libère quelques belles scènes inspirées, dans sa globalité, elle ennuie.  Ce qui a été souhaité comme un hymne à « l’Imagination » et à la « Poésie » dénonce aussi la place limitée de l’art dans le monde tourmenté de cette époque. Mais sa résonnance contemporaine n’en est pas moins forte. Troupe de théâtre de la Comtesse Ilse, refusée partout après l’échec de « La Fable de l’Enfant Echangé », elle est accueillie dans la villa de Cotrone et de ces  particuliers habitants de la montagne.  Comme une piètre consolation, Cotrone propose aux comédiens de jouer la pièce pour eux-mêmes. Abandonnés qu’ils sont d’un public devenu illusoire. défilent alors plusieurs personnages  en des moments de délire verbal parfois interminable.  Se mêlent différents  épisodes de vie et surtout de mort  défendus par des comédiens  insuffisamment  exaltés, hormis Claude Duparfait,  remarquable Cotrone,  et qui privent leur rôle de toute la dimension onirique et la démesure espérées. D’autant  qu’il faut dénoncer  l’imperfection de leur diction s’enlisant souvent dans un  brouhaha  de paroles et de cris, ce qui malheureusement est souvent le cas aujourd’hui au théâtre. Regrettable  l’interprétation  bien pesante de la Comtesse Ilse de Dominique Reymond que l’on comprend à moitié. Dans un espace scénique très anonyme et presque trop dépouillé, la mise en scène de Stéphane Braunschweig  alourdit le texte qui commence comme « Ce soir on improvise » en passant par « Six personnages en quête d’auteur » et finit par  « Chacun sa vérité ».  Par son manque d’éclat et de pugnacité, ces « Géants de la Montagne » sont un rendez-vous manqué.

 

Edouard Exerjean

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