Mozart et Britten Festival d’Aix


         Extrait du Journal Nor-Haratch                         

 Festival d’Aix-en-Provence

 

                                                           Mozart défiguré

                                                           Britten magnifié

 

Entendre et voir un opéra de Mozart restera toujours un bonheur. De la jubilation à la méditation, l’œuvre opère son immortalité. Mais voilà qu’un metteur en scène très mal inspiré (hélas, il y en a de plus en plus!) l’autrichien Martin Kusej, en mal de modernité à tout prix, s’est emparé de « L’Enlèvement au Sérail » pour en faire une tribune politico-psychanalytique déplacée. En montrant dans le grand désert saharien des djihadistes enturbannés s’abritant sous une tente et pointant leur kalachnikov sur des innocents sans défense, il a pris comme en otage une partition dont le but clairement avoué n’a jamais été que le divertissement, partition composée par un Mozart de 26 ans et qui signe déjà un opéra d’envergure que confirmeront les chefs d’œuvre à venir. Sous le fallacieux prétexte de situer l’action en 1920, on comprend tout de suite la connotation tristement contemporaine. De ce fait, ce spectacle qui se veut un témoignage contre Daech devient une démonstration inutile, hors de propos ici. D’un bout à l’autre de ses trois actes, l’ennui s’installe sans espoir de rachat ! Au-delà des interventions parlées insipides et stagnantes, on espérait s’oxygéner en se réfugiant dans les quelques beaux airs mozartiens et l’on se prend à plaindre ces interprètes au talent sûr de faire valoir malgré tout une partition qui en perdrait presque son charme. Seul Jérémy Rohrer, dont le dynamisme tente d’opérer, impose autant qu’il peut sa direction enjouée dont il avait déjà fait preuve si brillamment, entre autres, dans « Les Noces de Figaro ». A méditer ce qu’a écrit en son temps Carl-Maria von Weber de « L’Enlèvement » : « Je crois voir en cette œuvre ce que sont pour chaque homme ses joyeuses années de jeunesse dont il ne peut plus retrouver telle quelle la floraison » ! La représentation aixoise était dans un tout autre registre !

 

Quel contraste avec « Le Songe d’une Nuit d’Eté » sous l’impulsion magique de Robert Carsen ! Voilà un spectacle imaginatif, enlevé, pétillant d’intelligence et de fantaisie ! La si séduisante musique de Benjamin Britten,  toute de finesse et d’humour, offre au metteur en scène l’occasion de se surpasser. Fidèle à un onirisme de bon aloi, il réinvente Shakespeare sans le défigurer et magnifie un texte dont la diversité enchante à chaque instant. Les décors et les costumes de Michael Levine dynamisent le plateau : en vert et bleu, la forêt, les esprits, les éléments, tout s’unit pour que la féerie soit totale. Il faudrait détailler les moindres intentions, clins d’yeux à tant de réminiscences théâtrales et musicales : interprètes très talentueux, merveilleux chœurs aux dons multiples, orchestre exultant sous la baguette électrisante de Kazushi Ono. On emporte ce « Songe »-là comme un beau rêve ininterrompu et tonifiant.

 

                                                                                         Edouard Exerjean