Grands Concerts Aixois


                                              GRANDS CONCERTS AIXOIS

 

En marge du Festival de Musique, Aix-en-Provence affiche tout au long de l’année une programmation musicale de premier plan. Par leur éclectisme et leur qualité, les choix de Dominique Bluzet portent la ville au nombre de ces lieux dont on ne peut plus regretter qu’ils n’offrent rien ou si peu.

Sous la direction magistrale de Laurence Equilbey,  Accentus  et  Insula Orchestra ont fait entendre « Vêpres Solennelles d’un Confesseur » de Mozart et « Magnificat » de Carl-Philippe- Emmanuel Bach, deux œuvres dont l’intérêt musical  dépasse la simple curiosité d’une écoute habituelle. Une  fois encore dans ses « Vêpres », Mozart, incontournable musicien de théâtre, a mêlé  sacré et  profane.  Des influences germaniques et italiennes ponctuent la partition de pages  qui font la part belle  à l’orchestre  – remarquable -, aux solistes dont l’admirable soprano  Judith Van Wanroij qui a fait valoir son timbre merveilleusement céleste dans « Laudate Pueri Dominum » et au chœur d’une qualité rare. La direction souple, précise et passionnée de Laurence Equilbey  entraîne l’ensemble comme une  seule voix : maîtrise des tempi, exactitude des attaques, dosage naturel des nuances, tout ici flatte l’œuvre et ses interprètes.

Autre partition grandiose, le « Magnificat » de CPE Bach qui a permis à chacun des quatre solistes (Wiebke  Lehmkuhl, alto, Reinoud Van Mechelen, ténor, et Andreas Wolf  basse, non encore cités) en des airs aussi périlleux que magnifiquement dominés de faire admirer une technique aguerrie et une musicalité spontanée.  Insula Orchestra et Accentus ont prolongé  de façon encore plus virtuose cette œuvre que l’on aimerait entendre plus souvent. Plus qu’un chef, Laurence Equilbey insuffle à chacun  dynamisme et attentions rendant ses interprétations des moments de musique privilégiés.

 

 

 

Au Théâtre du Jeu de Paume,  le Quatuor op.18 n°1 de Beethoven a bénéficié d’une interprétation enlevée du Quatuor Parisii.  Contrairement  à  certaines formations similaires, ces quatre  interprètes servent la musique dans le sens d’un partage instrumental  accompli :  coups d’archet  harmonieux, richesse du phrasé, connivence de mousquetaires,  tout respire le bonheur de jouer et de transmettre. Avant de les rejoindre pour le Quintette de Brahms, l’excellent pianiste François-Frédéric Guy fit entendre la Sonate n°2 d’un Brahms encore jeune, si peu au répertoire, et  pour laquelle Schumann avait déjà perçu l’affirmation d’un compositeur.  Cette oeuvre  très charpentée  néanmoins  parfoi  bavarde  profita de toute la fougue et la maîtrise de son interprète.  Enfin les cinq partenaires  réunis empoignèrent  l’admirable et si symphonique Quintette en fa  mineur, – du reste tonalité en majeur et en mineur de tout le programme -,  avec autant d’exaltation  que de conviction.

Autre moment fort attendu, le récital du  célèbre violoniste Vadim  Repin en compagnie du pianiste Andrei  Korobeinikov.  Au-delà du talent incontestable  de l’interprète dont  on n’admire plus l’immense  métier, on s’est pris à regretter un manque d’inspiration  comme si, ce soir-là, l’étincelle ne brillait plus.   Des détails pas toujours assez  soignés,  une sonorité d’apparence limitée ont privé la Sonate n°2 de Prokofiev – une des plus inspirées de ce répertoire –  tout autant que la 3ème de Brahms –un autre monument –  de toute la richesse de  ces partitions inoubliables. La Sonate n°1 de Schnittke entre néo-classicisme et  modernité teintée de sérialisme  semble affirmer  ses influences  sans plus d’inspiration. Loin de ses Sonates pour violon et piano  et de ses  somptueux Quatuors, la Rhapsodie n°1 de Bartok n’éveille pas plus d’intérêt contrairement aux Danses Roumaines données en bis, elles  dans leur véritable expression.  Quelques pièces de Brahms pour piano ont confirmé  le jeu massif et  presque trop  démonstratif d’Andrei  Korobeinikov, déjà  souvent présent et pesant dans son dialogue avec le violon.  Le plus brillant palmarès ne révèle pas obligatoirement  un musicien.        

 

 

 

                                                                                                      Edouard EXERJEAN