Le Journal de J. Lemarchand


Le Journal de Jacques Lemarchand 1944 – 1952

« De temps en temps, je serais heureux de dire vrai – et tout ». Cet aveu de Jacques Lemarchand, mis en exergue du deuxième tome de son Journal publié par les excellents Editions Claire Paulhan, donne le ton de ce livre aussi passionnant que déconcertant. Il faut saluer également le travail exceptionnel de Véronique Hoffmann-Martinot dont la richesse des notes en plus du reste, complète abondamment cet approche de l’homme et de son temps.
Lire le Journal de Jacques Lemarchand provoque deux attitudes : l’admiration et la lassitude. Ce Journal – qui fait suite à un premier volume déjà publié – mêle toujours l’intime (presque trop) et le public. Tenu ici de 1944 à 1952, il ne fait pas figure d’œuvre littéraire, mais d’un témoignage incontournable sur une période allant de l’épuration à la recherche d’un nouveau souffle après ces années de guerre plus qu’éprouvantes. Il en ressort une description hâtive, au style morcelé, très télégraphique qui, sans s’attarder sur un événement, le signale assez pour éveiller la curiosité. Au-delà de tout, l’homme de culture s’affirme sans équivoque. Ce n’est pas pour rien qu’Albert Camus le contacte en Décembre 1944 pour lui confier la critique théâtrale de « Combat ». Et il s’y révèle un chroniqueur d’exception. Il est impossible de citer tous les auteurs et comédiens dont Jacques Lemarchand apprécie et déprécie le talent avec une observation que l’avenir ne démentira pas. Pour mémoire, Jean Vilar, Maria Casarès, Jean Anouilh, Armand Salacrou, Giraudoux et tant d’autres trouvent sous sa plume une reconnaissance que le temps n’amoindrira pas.
Si l’on admire la passion et l’instinct si justes du théâtre de Jacques Lemarchand, on se prend à regretter ses confidences permanentes de besoins sexuels apparemment jamais vraiment assouvis. Ses nombreuses et souvent éphémères liaisons, loin d’être simplement anecdotiques, semblent diagnostiquer un déséquilibre dont le lecteur demeure le confident surpris et obligé.
Néanmoins, l’essentiel de cette publication reste ce qu’elle apporte à l’information de son temps. En complément de ce Journal, il est indispensable de se rapporter à celle de ses chroniques théâtrales parue aux « Cahiers de la NRF » en 2009 chez Gallimard. Là, Jacques Lemarchand est irremplaçable.

Edouard EXERJEAN
Journal de Jacques Lemarchand 1944 – 1952
Editions Claire Paulhan

 

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