GARCIA LORCA


« LA MAISON DE BERNARDA ALBA »  de GARCIA LORCA

                                        à la Comédie-Française

 

Dans le théâtre de Federico Garcia Lorca ,  combat permanent que l’amour-passion déchaîne au poignard, « La Maison de Bernarda Alba », écrite en 1936 deux mois avant sa mort, s’inscrit parmi ses drames les plus forts, les plus violents. Veuve d’un second mari, Bernarda Alba impose à ses cinq filles un deuil de huit ans, prétexte pour l’auteur de dénoncer dans l’Espagne des années 1930  la condition étouffée de la femme. De chacune des filles, Lorca a composé un portrait terrible dans la soumission comme dans l’impatience et la révolte. La magnifique scénographie d’Andrew D. Edwards impose d’emblée cet enfermement  insoutenable à travers un moucharabieh qui envahit la scène, telle une frontière infranchissable. Pièce  âpre, noire,  cruelle, où se déchaînent les conflits profonds que la mise en scène de Lilo Baur met en évidence de façon puissante. Les lumières de Fabrice Kabour, plus qu’opportunes dans l’évocation de cette Espagne ardente où semblent encore traîner les stigmates de l’Inquisition entre autorité et châtiment, la musique si descriptive de Mich Ochouwiak apportant un souffle léger  d’espoir dans cette tyrannie du renoncement, l’excellente traduction de Fabrice Melquiot  et tant de détails judicieusement  exprimés par  une équipe attentive contribuent largement au succès de la représentation. La Troupe de la Comédie-Française y apporte sa fougue, son tempérament malgré quelques manques dans une diction qui ne semble pas encore avoir dosé tout à fait  son rythme sonore sur ce plateau-arène. La mort d’Adela, la plus jeune des filles, dont  le corps inerte illumine tout à coup l’espace,  rappelle la fin de « La Reine Morte » de Montherlant. Ce dernier acte de vie est peut-être une brèche ouverte sur l’impossible.     

 

                                                                                                Edouard Exerjean

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